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Vers Un Fret Décarboné / #15

Vers une taxe carbone sur le transport maritime

Vers un Fret DĂ©carbonĂ© en un clin d’Ɠil

🌿 Focus du mois : Vers une taxe carbone sur le transport maritime

✈ AĂ©rien : Une Ă©quation carbone de plus en plus difficile Ă  rĂ©soudre

↩ Retour sur : MACF : les petits importateurs exemptĂ©s ?


🌿 Focus du mois

Une premiĂšre mondiale : vers une taxe carbone sur le transport maritime

Le transport maritime Ă©tait l’un des seuls secteurs, avec l’aviation, Ă  ne pas ĂȘtre rĂ©glementĂ© par l’Accord de Paris. Cela pourrait bientĂŽt changer.

Une taxe carbone internationale en préparation

DĂ©but avril, l’Organisation Maritime Internationale (OMI) a franchi une Ă©tape historique en validant le principe d’une taxe carbone mondiale appliquĂ©e au transport maritime. Le projet prĂ©voit un prix plancher de 100 $ par tonne de gaz Ă  effet de serre Ă©mise par les grands navires.

L’adoption officielle est attendue pour l’automne 2025, avec une mise en Ɠuvre prĂ©vue en 2028.

Un consensus encore fragile

Si le projet avance, le consensus reste délicat.

  • 63 pays, parmi lesquels la Chine, le BrĂ©sil, l’Afrique du Sud et une majoritĂ© d’États europĂ©ens, se sont prononcĂ©s en faveur.
  • Les pays exportateurs de pĂ©trole ont exprimĂ© une franche opposition.
  • Les États insulaires, particuliĂšrement vulnĂ©rables aux effets du changement climatique mais aussi trĂšs dĂ©pendants du transport maritime, ont plaidĂ© pour une taxe plus ambitieuse (>150 $) et un mĂ©canisme de redistribution des revenus. Faute d’accord, ils se sont abstenus.
  • Les États-Unis, de leur cĂŽtĂ©, ont boycottĂ© la rĂ©union, refusant toute taxation internationale sur le fret maritime.
  • Les ONG souhaitent un accord plus ambitieux.

Accord ou pas accord, l’Union europĂ©enne prend les devants

Sans attendre un accord mondial, l’Europe a dĂ©jĂ  dĂ©gainĂ© : depuis dĂ©but 2024, le transport maritime est intĂ©grĂ© au systĂšme d’échange de quotas carbone (ETS).

Le coĂ»t du carbone avoisine aujourd’hui 90 € la tonne, mais ce systĂšme ne concerne pour l’instant que les flux intra-europĂ©ens, ou ceux partant ou arrivant d’un port europĂ©en. Voir Ă©dition n°2.

Quel impact pour les chargeurs ?

En cas d’adoption, cette taxe carbone mondiale reprĂ©senterait un surcoĂ»t estimĂ© entre 120 et 180 € par TEU sur un trajet Asie–Europe. Soit +5% sur la facture transport.

OĂč va l’argent ?

L’OMI prĂ©voit de gĂ©nĂ©rer 11 Ă  13 milliards de dollars par an grĂące Ă  cette taxe, versĂ©s dans un fonds “zĂ©ro Ă©mission nette”.

Objectifs annoncés :

  • Financer la transition Ă©nergĂ©tique du secteur maritime
  • Soutenir l’innovation pour les carburants bas carbone
  • Aider les pays en dĂ©veloppement Ă  moderniser leur flotte et infrastructures

✈ Transport aĂ©rien : une Ă©quation carbone de plus en plus difficile Ă  rĂ©soudre

Fret aérien record

De mĂ©moire d’homme, on n’a jamais transportĂ© autant de fret aĂ©rien

Le fret aérien bat des records en 2024 :

  • +11,3% d’activitĂ©, dĂ©passant les volumes records de 2021
  • +7,4% de capacitĂ©

Cette croissance est principalement alimentĂ©e par l’essor de l’E-Commerce, avec des acteurs majeurs comme Temu, Shein, Alibaba et TikTok (voir Ă©dition #5).

Ce qui complique énormément la décarbonation du secteur

A traffic constant, l’industrie doit rĂ©duire l’intensitĂ© carbone de 3,6% par an pour atteindre l’objectif de -60% d’ici 2050.

Mais si le trafic croĂźt de 3.5% par an (un chiffre bien plus modeste que celui de 2024), la demande aura plus que doublĂ©e en 2050, et la rĂ©duction d’intensitĂ© nĂ©cessaire devient de 7% par an ! Soit 2 fois l’objectif initial !

Ça peut sembler abstrait, mais imaginez que vos actionnaires vous demande une croissance annuelle sur 25 ans de 7% par an au lieu de 3.5%. Ce n’est pas le mĂȘme sport.

Un impact financier important pour les chargeurs

L’impact financier est difficile Ă  estimer avec prĂ©cision, on entend parfois de 10% Ă  50% de coĂ»ts supplĂ©mentaires. Ce qui est certain, c’est que le coĂ»t du transport aĂ©rien va augmenter.

Aujourd’hui, c’est mĂȘme pire, une entreprise qui souhaite rĂ©duire de 80% son empreinte carbone, en recourant au carburants alternatifs (SAF) double son budget transport aĂ©rien ! Rien de mystĂ©rieux quand on sait que les SAF coĂ»tent entre 3 et 8 fois plus cher que le kĂ©rosĂšne traditionnel. Et que le kĂ©rosĂšne reprĂ©sente 1/3 des coĂ»ts des compagnies.

Alors, tout est chaos ?

Non. Si la demande dans le secteur venait Ă  diminuer, ou mĂȘme Ă  rester stable, la pression financiĂšre et industrielle pour atteindre les objectifs de dĂ©carbonation s’allĂ©gerait considĂ©rablement.

Et concrĂštement, que faire en tant que chargeur ?

RĂ©duire l’usage du fret aĂ©rien est une solution tout Ă  fait envisageable, et souhaitable. Chez OVRSEA, nous avons accompagnĂ© de nombreux clients dans ce changement de pratique.

Avec une philosophie : chaque tonne d’aĂ©rien Ă©vitĂ©e (dĂ©placĂ©e sur du maritime) permet de rĂ©aliser un gain financier de plus de 2 000€ et de rĂ©duire plus de 4 tonnes de CO2.

Gains du report modal aérien vers maritime

👉 Dans la prochaine Ă©dition, nous partagerons un cas client concret. Spoiler : nous parlerons d’économies de centaines de milliers d’euros par an.


👀 MACF : les petits importateurs exemptĂ©s ?

MACF exemption

C’était le sujet de notre premiĂšre Ă©dition : le MĂ©canisme d’Ajustement Carbone aux FrontiĂšres (MACF), connu sous le doux nom de “CBAM” chez nos voisins anglo-saxons, entrait en vigueur dĂ©but 2024.

Ce mĂ©canisme impose aux importateurs europĂ©ens d’aluminium ou d’acier (entre autres) de dĂ©clarer les Ă©missions de CO2 gĂ©nĂ©rĂ©es par leurs fournisseurs Ă©trangers lors de la production de ces rĂ©fĂ©rences.

Depuis son annonce, le MACF a suscitĂ© de vives critiques, et le terme “enfer administratif” est souvent revenu dans les discussions.

Quelle est la bonne nouvelle me demanderez-vous ?

Et bien, de nombreux chargeurs pourraient ĂȘtre exemptĂ©s de cette obligation de reporting.

Le paquet lĂ©gislatif OMNIBUS, adoptĂ© fin fĂ©vrier, prĂ©voit en effet d’exempter les petits importateurs (<50 tonnes par an).

En termes d’impact, cette mesure a tout pour plaire: elle devrait exonĂ©rer 90% des importateurs, tout en continuant de couvrir 99% des Ă©missions.

Cependant, prudence est “mer” de suretĂ©. Cette exemption doit encore passer par le processus lĂ©gislatif (Commission, Parlement, Conseil). Il est donc trop tĂŽt pour crier victoire.

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